Joël Dicker a fait publier son livre en 2012 alors âgé de vingt sept ans. Le best seller  a reçu le Grand Prix du roman par l’Académie Française et celui du Prix Goncourt des Lycéens en 2012.

L’écrivain est jeune mais non sans ambition.

Il suffit de voir l’ampleur de La vérité sur l’Affaire Harry Quebert: un petit pavé de 800 pages. Son ambition ne s’arrête pas à la quantité de pages, heureusement. Ce roman se veut être transgenre au sens large: l’auteur nous plonge à la fois dans un roman policier avec une histoire qui pousse les limites de l’enquête au maximum, dans laquelle naît une histoire d’amour, et à travers cette trame qui pourrait s’adapter en bon thriller cinématographique, on voit clairement apparaître un roman d’apprentissage dont les leçons données par le maître Harry Quebert vont servir au héros Marcus Goldman à écrire ce qui deviendra le deuxième succès de sa vie. Quel projet!

Cette quête de l’oeuvre totale presque mégalomane rappelle, bien que les deux auteurs soient éloignés par l’époque et le style, un André Gide qui souhaitait tout réunir dans un seul livre, une tâche laborieuse et pointilleuse. Mais avant d’entreprendre un si grand projet illusoire, il faudrait quérir une maturité littéraire exceptionnelle. Certes, les idées sont florissantes, les rebondissements permettent de captiver l’attention du lecteur, le recours au genre policier permet une écriture plus fluide (parfois dénuée de littérarité) mais l’auteur a préféré choisir la complexité de l’intrigue à défaut de celle du style de l’écriture, choix qui semble judicieux à une époque où l’on s’intéresse moins aux mots qu’aux rumeurs, et donc aux actions, mais les plus étonnantes.

L’oeuvre parle tout de même du travail qu’un écrivain doit fournir à travers les conseils de Harry Quebert, qui, dans le roman, est un des meilleurs écrivains de l’Amérique. Tous ses conseils sont notés et numérotés de façon décroissante et subdivisent le livres en petit chapitre, le livre étant grossièrement divisé en trois gros chapitres qui représentent les trois étapes qui surviennent chez l’écrivain à partir de la maladie des écrivains qui n’est autre que la maladie de la page blanche. Ce qui ajoute donc à cette oeuvre l’ambition du métatexte d’André Gide: un livre qui parle de lui.

Marcus Goldman serait-il un petit génie?

Sûrement.

Mais la jeunesse de la personne dépasse-t-elle l’ambition de l’écrivain?

 

Sûrement.

 

 

 

Or, il s’agit moins d’un manque d’expérience qu’une volonté de réalisme maladroite, pour raconter, écrire, faire vivre les personnages ou des évènements au lecteur. L’auteur suisse revient à ce qui faisait défaut à la littérature classique: les lieux communs et les stéréotypes.

Les lettres d’amours sont d’une mièvrerie lassante:

« Ma tendre chérie, Vous ne devez jamais mourir. Vous êtes un ange. Les anges ne meurent jamais. »

Les instants d’amitié sont des clichés façon américaine qu’on peut visionner chaque jour dans des séries destinées aux crédules et aux adolescents, clichés accentués avec le topos de la soirée des jeunes riches new-yorkais:

« Derrière le comptoir de ma cuisine, Douglas, ceint d’un tablier représentant un corps de femme nue, poussa un hurlement de loup, attrapa une bouteille de rhum et la vida dans une carafe remplie de glace pilée. »

Pour aller plus loin, à certains moments, on se demande même si on doit lire le livre au premier ou au second degré car le schéma du typique s’offre à coeur joie au fil de la lecture.

Joël Dicker semble être le génie des idées, un jeune écrivain ambitieux mais trop d’ambition peut s’avérer dangereux et entraîner un choix plus qu’un autre. L’écriture demeure parfois suffisante car elle manque de caractère et de saveur. La vérité sur l’Affaire Harry Quebert est sans doute l’un des meilleurs polars du XXIe siècle par l’audace de ses idées mais il en perd l’audace de son style.

Métaphore culinaire:

Dicker a voulu mettre à la fois l’entrée, le plat et le dessert dans une même assiette mais cela implique un manque de subtilité et de raffinement dont la littérature ne peut rarement se passer.

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