On aura beau dire ce que l’on voudra, il est difficile d’être « différent » dans une société comme la nôtre. Pourtant on nous rabâche sans cesse la même chose : « nous sommes tous différents ». Si chacun des êtres humains présents sur terre diffèrent, je suis tenté de demander : Pourquoi tant de haine ? Car tous différents, il n’y aurait aucune possibilité de nous regrouper autour de particularités communes, ce que pourtant nous faisons pour nous protéger d’un monde très peu courtois avec les sujets qualifiés de hors-norme.

Que l’on choisisse le camp  « tous différents » ou bien  « tous les mêmes », une chose est sûre, nous nous regroupons selon certaines caractéristiques communes dérisoires que nous érigeons au rang de caractéristiques primordiales, ainsi nous formons des communautés. Cette particularité devient alors le totem d’un groupe de personnes, il consolide les rangs, il rassure et permet de vivre dans un sentiment de sécurité. Bref la communauté devient un véritable rempart derrière lequel s’abriter.

L’une des différences qui fait mouche à chaque fois c’est l’homosexualité. C’est être un gay, un homo, un pédé ou une pédale, ou bien une lesbienne, une gouine, un broutte minou. Si l’on veut faire sensation auprès de parents, d’amis ou de collègues de travail alors il suffira de cocher la case : gay. Un mot formé de trois lettres qui bien joué sur un plateau de scrabble peut rapporter gros. Et sur le plateau de la vie, que rapporte-t-il ?

Être gay c’est se découvrir. Au moment de l’adolescence on découvre la sexualité donc ses préférences sexuelles. Loin d’être un moment facile pour quiconque, cela l’est encore moins pour un homo. Les questions que cela engendre sont horribles, les réponses apportées peuvent être d’une violence inouïe. Comment répondre positivement à des questions qui de toute manière partiront d’un a priori négatif. Ce n’est que la vision d’une société hétéro-centrée et donc foncièrement homophobe qui se reflète dans l’esprit d’un adolescent en proie au mal-être. Qu’est-ce que je suis ? Voilà une des questions que je me suis posées lorsque je me suis rendu compte que j’avais une attirance pour les garçons. Ma réponse fut celle-ci : Je ne suis pas normal.
Être ado c’est découvrir ses préférences sexuelles mais c’est également prendre connaissance de beaucoup de nouvelles choses… le fait est que tous les autres ados en prennent connaissance à peu près au même moment que vous. C’est donc naturellement que tous les sujets « sensibles » véhiculés par la presse puis repris par les parents sont également discutés dans la cours de récréation. Le sujet des « pédés » est donc très vite arrivé aux oreilles des petites têtes … blondes, rousses ou brunes.

Être gay c’est subir le regard des autres. Après m’être demandé si j’étais normal ou malade, j’ai très vite découvert l’opinion des autres sans vraiment le vouloir, comme si le sujet était un passage obligé pour tout le monde. Je n’ai pas vraiment été rassuré de cette découverte, loin de là. Ce sujet, loin d’être consensuel, est très souvent largement dominé par les pensées et propos haineux. Une haine de l’autre dont l’enfant ou le jeune adulte ne se rend pas forcément compte. Ainsi, difficile de trouver des partisans de la cause homosexuelle dans une cours de récréation, du moins, moi je n’ai pas eu cette chance. Le seul moyen de ne pas éveiller les soupçons aura été de me taire, ne voulant pas participer à la chasse aux homos de l’école. Cependant cette stratégie n’aura pas été la bonne. Se taire équivaut à être partisan du pour. Pourquoi défendre les homos si l’on en est pas un soi-même ? Seules certaines filles – les plus belles de l’école –  pouvaient se targuer d’avoir une position favorable sur l’homosexualité, voire défendre la cause, sans en être inquiétées. Le privilège de la beauté ? (Je n’ai aucune explication à cette observation faite lors de ma jeunesse. Je vous la donne brute, faites-en ce que vous en voulez.) Il arrivait que les homos eux-mêmes, pour rester dans le placard et ne pas éveiller les soupçons, s’affairaient à chasser du pédé. Ils savaient que je savais qui ils étaient… mais ils savaient également que je ne dirais rien, comme par solidarité entre personnes anormales ?

Être gay c’est sortir du placard. L’homosexualité, bien que l’on soit au 21e siècle dans un pays et même dans un monde accordant de plus en plus de droits aux homosexuels, n’est pas considérée comme « normale ». Il ne s’agit pas de poser la question à un panel de personnes pour le savoir, il suffit de constater que le coming-out (littéralement sortir du placard) est un passage obligé pour tous les homos. Avant de faire mon coming-out, j’ai lu pléthore de forums et de sites pour savoir comment le faire, quand le faire, à qui le faire et même pourquoi le faire. Le coming-out je l’ai ressenti comme un aveu. « Papa, Maman, j’ai une faute à vous avouer. » J’ai donc voulu m’en débarrasser le plus vite possible. J’ai d’abord répondu aux questions. À qui? Cela me paraissait évident, tout le monde, sans la moindre exception… malgré la lecture de témoignages de ces jeunes homos qui se font virer par leurs parents. J’ai donc pris mes précautions, si jamais tout cela devait m’arriver, j’avais quelqu’un pour m’héberger. Comment ? En y allant de front, une seule phrase : « Je suis gay. » Inutile de faire durer, ce n’est pas un acte facile et encore moins plaisant. Je voulais abréger. Quand ? C’était surtout cela qui posait problème. Il ne s’agit pas de définir une date. Il s’agissait d’être prêt intérieurement et d’être sûr de le vouloir selon les conseils dispensés sur les forums. Selon moi finalement, il s’agissait surtout de trouver le courage pour ne pas me défiler, peu importe si je me sentais prêt ou non il fallait en finir avec ce secret.

Être gay c’est subir les moqueries, les insultes et les violences. En « assumant » mon homosexualité (qu’y a t-il à assumer d’ailleurs ?) je me suis rendu compte de la bêtise des gens. Le moindre petit soupçon était alors utilisé pour m’insulter, me rabaisser, m’humilier voire me tabasser. Comme si j’avais voulu provoquer ou déranger, comme si mon homosexualité était affichée en caractère gras et clignotant sur mon front j’étais devenu sans m’en rendre compte « le suceur de queue », « l’enculé », « la grosse tarlouze », « le pédé » à abattre. J’ai été la cible des pires insultes, j’ai essuyé les crachats dégoulinants sur mon visage et le sang ruisselant sur mes lèvres, je me suis tordu de douleur suite aux coups de pieds dans le ventre et aux coups de poings sur mon visage.

C’est connaître la solitude. Je me suis recroquevillé, seul, dans ma chambre ou dans les toilettes de l’école en camouflant mes larmes et mes reniflements. Je me suis recroquevillé en tentant de me persuader que tout irait mieux, en me persuadant une fois de plus que j’étais normal. « Mais si je suis normal, pourquoi est-ce que tout le monde est contre moi ?! »

Être gay c’est connaître la peur. La peur de marcher tout seul dans la rue et de se faire agresser, la peur d’aller à l’école et de se faire tabasser, la peur de rentrer chez soi et de se faire virer. C’est également la peur de ses propres actes, de ses propres pensées… la peur de passer à l’acte et finir par se suicider.

Être gay c’est être courageux. Il est indéniable selon mon expérience personnelle qu’être homo n’est pas considéré par la grande majorité des personnes peuplant ce monde comme « normal ». Ainsi, découvrir son homosexualité ce n’est pas une partie de plaisir. Cependant en découvrant son penchant pour les personnes de mêmes sexes, on se forge obligatoirement une personnalité, un tempérament. L’une des qualités principales que je retrouve chez les homos que je connais est le courage. Le courage de se dévoiler aux yeux de tous, « d’assumer » ce qui est considéré pour la plupart des gens comme une tare. C’est aussi avoir le courage de risquer sa vie et de risquer de perdre les personnes que l’on aime.

Être gay c’est découvrir une nouvelle facette de l’espèce humaine. Malgré toutes les mauvaises expériences, être gay c’est rencontrer des gens tolérants et merveilleux. C’est rencontrer des hommes et des femmes exceptionnelles, prêt-e-s à tout pour aider, c’est finalement découvrir la vraie beauté de notre espèce, la facette la plus belle de l’Homme, sa générosité. Un combat se met en place, la haine contre l’amour. Combat qui n’en finira jamais, pas sûr qu’il y ait un gagnant un jour d’ailleurs, match nul pour l’éternité ? Sans le bénévole d’SOS Homophobie avec qui j’échangeai des mails chaque jour, je ne suis pas certain de la réussite de mes actions. Sans ces professeurs de lycée qui m’ont appris à aimer la littérature et toutes les personnes qui m’ont soutenu dans les moments difficiles, je ne suis pas certain que j’aurai choisi l’option « vie ».

Soyons forts, soyons fiers.

 

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