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Ma lecture de « La vie privée » d’Olivier Steiner

Il y a quelques semaines, sans grands espoirs, j’ai passé commande de trois livres à ma bibliothèque universitaire. Quelques semaines plus tard, pour ma plus grande joie, les bibliothécaires m’ont annoncé la réception des trois livres d’Olivier Steiner soit : Bohème (son premier roman que j’avais déjà lu et par lequel j’ai découvert l’auteur), La vie privée et La main de Tristan.

Mon emploi du temps universitaire s’étant un peu allégé, j’ai enfin trouvé le temps de lire son deuxième roman paru en 2014, La vie privée.

Bref résumé :

Alors qu’il semble être perdu dans sa vie, Olivier, décide de tout quitter. Son but : se rapprocher de la mer et être libre. Après un voyage en auto-stop, il va proposer ses services aux propriétaires des maisons alentours, pour qu’enfin il puisse vivre sa vie librement. C’est finalement chez Emile qu’il posera ses valises. Ce dernier l’héberge, et ce qui devait être provisoire s’avère finalement être de longue durée jusqu’au jour ou…

Emile, malade, tombe une première fois sous les yeux d’un narrateur surpris. C’est de plus en plus souvent qu’Emile tombera et viendra le jour ou il succombera. Olivier n’a prévenu personne, malgré la rigidité cadavérique il manipule, nettoie, ferme les yeux, tente de changer sa posture au cadavre pour faire penser à une personne en plein sommeil, comme pour ne pas être confronté à cette réalité morbide.

Le narrateur attend la venue de quelqu’un. Ce n’est ni la famille, ni les pompes funèbres qui rejoindront Olivier, mais un plan cul. Il l’attend à genoux dans le salon de la maison de cette homme mort.

Comment qualifier ce récit, car ce seul terme « roman » indiqué sur la couverture me paraît bien pauvre. J’hésite, je tâtonne mais j’évite de choisir : roman autobiographique, autobiographie romanesque, autofiction? autre chose ?

Il aura bientôt trente ans, il s’appelle Olivier, je me confonds en lui. Je me confonds c’est-à-dire que je n’invente pas, je n’invente rien

 

Un pacte se créé, un pacte autofictionnel, pour sûr. On ne peut s’empêcher de croire ce que nous dit ce je, « je n’invente rien ». Ainsi, ce je, semble être l’auteur ou l’a été, un jour.

C’est après quelques pages que l’on comprend qu’il s’agit d’un récit alterné. Un récit entre passé et présent (sans futur?). D’abord ce passé avec cette envie de changement, de liberté qui amène à la rencontre d’Emile, puis ce présent tragique, morbide.

Peu à peu on assiste à la naissance d’une chose, ou plutôt d’un homme voulant devenir une chose. C’est une tentative de détachement par la soumission. Il tente par tous les moyens de se détacher de la mort de son ami en usant d’artifices comme la posture qu’il donnera au cadavre mais aussi par cette initiation à la soumission faite par ce dominateur dont on ne sait rien et qui devient Dieu.

 A defaut de me désirer je me dis qu’il peut au moins m’utiliser.

 

Cette alternance entre le récit de cette rencontre sexuelle hard initiatique au récit de la mort d’Emile est déroutante. J’irai même plus loin, on est dégoûté. Dégoûté par ce qu’on peut lire :

Il se racle la gorge et fait remonter des mollards, des huîtres. Il les expulse, je suis comblé.

 

Mais aussi par la forme utilisée par l’auteur. En effet, le livre ne contient aucun paragraphe, aucun saut de ligne, aucun titre de chapitre, seule une longue prose du début jusqu’à la fin, une prose continue. On passe d’un érotisme (et de sexe hard) aux souvenirs d’Emile (rencontre et mort) sans coupure nette.

Mais ne jouons pas les vierges effarouchées, c’est la Vie que nous conte Olivier Steiner avec son nouvel ouvrage, dont je vous recommande chaudement la lecture. Une lecture qui à mon sens est à faire d’une traite par un lecteur averti.

 

Olivier Steiner, La vie privée, Gallimard, Coll « L’Arpenteur », Paris, 2014, 160 pages.

 

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Axel Vair
Axel Vairhttps://www.legnousauvage.com
Passionné de littérature et d'informatique, je suis le créateur du Gnou Sauvage cela me permet de lier mes deux passions. Je tente de me rapprocher de la littérature tout en partageant mes tentatives via ce site internet. Je m'essaie à l'écriture d'articles sur divers sujets qui retiennent mon attention, je tiens également un journal d'auto-fiction, cela étant je me laisse aller là où la littérature me conduit.

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