Je l’avoue, je ne me cache pas.

Je ne cache pas qui je suis.

Oui, je l’affirme, mon attirance pour les personnes de même sexe fait partie intégrante d’un tout beaucoup plus grand. Cela signifie que ce n’est pas tout ce que je suis; mais que cette partie de moi est indissociable de ce tout. En ces temps troubles il est souvent reproché aux « invertis » de faire trop état de leur homosexualité. Pour être plus exact on leur reproche – à tort je pense – de ne mettre en avant que leur qualité d’homos.

Bien entendu je réfute tout argument venant à désapprouver l’idée de vivre sa vie pleinement aux yeux de tous les citoyens de ce monde. Je constate une incompréhension de la part de beaucoup de personnes. Lorsque je parle de mon attirance pour les personnes de même sexe, je parle de sexualité certes mais pas que… il s’agit avant tout d’amour et même s’il s’agissait de sexe, cela reviendrait à la même chose. Le fait est que cette petite partie de moi est en fait cruciale, comme toutes ces autres choses qui m’ont construit. Je suis la personne que je suis parce que j’ai cette attirance mais aussi parce que j’ai vécu les insultes, les menaces, reçu les crachats et les coups. Il est donc impensable pour moi qui « m’assume » (à défaut de trouver un autre mot…) après tant d’années de souffrance et de honte de faire comme si cela ne faisait pas partie de moi. Il est impensable pour moi de retourner dix ans en arrière, et enfin il m’est impensable de léguer un monde dans lequel mes enfants, les enfants de mes amis et plus largement tous les autres citoyens de ce monde auraient à subir tout ce que j’ai pu subir.

Lire aussi : « Être un homosexuel « assumé » au quotidien »

Alors oui, je ne cache pas qui je suis. Car se cacher c’est retourner dix ans en arrière, c’est faire gagner l’ignorance, l’intolérance, l’ignominie. Je ne me considère pas comme le fautif et aucun homosexuel ne le devrait, pourtant c’est le cas de milliers, voire de millions d’entre eux. Se cacher, c’est dire : « je veux continuer à me faire tabasser. »

Je sais que beaucoup ne pensent pas de la même manière, y compris d’autres homos. C’est votre droit, mes amis, de ne pas penser et agir de la même manière que moi, mais par pitié, arrêtez de me juger, arrêtez de me reprocher ce que je fais. Je me bats pour ce que je crois juste et je pense qu’il est indispensable de se montrer pour qu’un jour, peut-être, cessent les insultes, les crachats et les coups. Je ne suis l’étendard de personne, ne représente personne si ce n’est ma propre identité. Être visible est selon moi primordial, c’est pourquoi je vis ma vie sans me cacher. Ce n’est pas pour autant que j’irais faire floquer un t-shirt « Je suis gay ». Et si j’en ai envie ? Ira t-on me le reprocher ? Très certainement…

Je considère qu’il faut arrêter avec l’hétéronormalisation de la société. Car le vrai problème est là, considérer d’emblée une personne hétérosexuelle comme cela arrive tout le temps, est un vrai problème. Ce n’est pas en détournant le regard, en évitant d’en parler que les homos du monde entier se sentiront chez eux, à leur place. Ce n’est pas en tapant sur celles et ceux qui vivent au grand jour leur bonheur avec leur « elle » ou leur « il » pour former un « elles » ou un « ils » que tout ira mieux. C’est une volonté de vivre au grand jour comme ces couples hétérosexuels que l’on croise chaque jour main dans la main.

Avez-vous remarqué que lorsque l’homosexualité arrive sur la table, la seconde partie du mot « sexualité » transcende toute la conversation, pourtant ce n’est pas le cas lorsqu’il s’agit d’hétérosexualité. Vais-je encore me positionner en victime ? Non. Je considère que pour remédier à cela il faut arrêter de se cacher pour que tout ceci rentre dans les moeurs. C’est pourquoi je considère la marche des fiertés – contrairement à beaucoup d’autres personnes homos comme hétéros – primordiale. De plus en plus controversée, y compris dans le « milieu », la marche selon ses détracteurs renverrait une image négative de la « communauté ». Ces mêmes personnes se considèrent généralement en dehors de cette « communauté ». Je disais plus haut « arrêtez de me reprocher ce que je fais ». La marche permet de rendre visible la pluralité des identités et est nécessaire au bien commun. Il s’agit finalement une fois par an de faire tous ensemble ce que beaucoup d’entre nous tentent de faire au quotidien : vivre sans se cacher.

Il y a quelques jours j’ai été la victime d’injures homophobes, devant chez moi, alors que je rentrai dans mon nouvel appartement. Un ami après la lecture d’une publication Facebook m’a envoyé un message bienveillant mais désapprobateur sur ma façon d’être et de faire. C’est après sa lecture que j’ai décidé d’écrire, pour répondre et expliquer. Il me voyait utiliser « une position victimaire » après avoir « brandie comme étendard et bouclier mon homosexualité ». Si je voulais résumer la chose cela reviendrait à dire : « Si tu arrêtais de faire état de ton homosexualité, tu n’aurais pas à subir l’homophobie. » Non, cher ami. Les injures, les coups et les crachats pleuvaient déjà sur moi bien avant que je ne « brandisse » mon homosexualité. Ce n’est qu’en réaction à tout cela que je peux enfin dire : « je suis homosexuel et je vous emmerde ». Alors oui, parfois… ça ne passe pas… Mais suivant ta logique (en essayant de ne pas caricaturer), je ne devrais pas me positionner en victime, puisque je tendrais le bâton pour me faire battre. Je peux concevoir que l’on puisse penser comme cela, c’est une sorte de : « tu veux t’assumer, assume-le jusqu’au bout »; avec les conséquences que cela peut avoir… par exemple les injures publiques dont j’ai fait l’objet. Sauf que, comme j’ai pu le dire plus haut, il ne s’agit en aucun cas d’une préférence (même si par abus, moi y compris, je peux utiliser ce substantif), mais d’une partie intégrante de qui je suis. Alors oui, je suis la victime, et non, je ne l’ai pas cherché. Au 21e siècle, je considère que j’ai le droit, si ce n’est le devoir de m’affirmer en tant qu’individu complet et donc en tant qu’homosexuel… Parce que lorsque je regarde vers le passé je suis horrifié de tous les morts qu’il y a pu avoir à cause de cette intolérance gerbante et parce que lorsque je regarde vers le futur j’ai envie d’hurler en imaginant le monde crasseux dans lequel mes enfants ou les enfants de mes concitoyens risquent de vivre, si jamais personne ne se montre au grand jour. C’est grâce à des gens comme Harvey Milk et aux mobilisations que l’on appellera plus tard « les gays pride » que le monde est à certains endroits un peu moins intolérant, c’est parce que des gens ont ouvert la voie et ont affirmé : « on existe et on ne souhaite plus se cacher » qu’aujourd’hui je peux vivre avec qui je l’entends sans avoir peur que l’on vienne m’insulter ou me tabasser impunément.

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1 COMMENTAIRE

  1. Cher Axel,
    Je suis conscient des difficultés qui sont les tiennes et j’admire ton courage militant et l’humour dont tu ne te départis jamais. Je préférerai à bien des égards que cet état de fait ne soit pas, encore aujourd’hui, « sur la table ». Que l’homosexualité se fête ce n’est que justice, et bien souvent un vrai moment festif, on le fait pour les amoureux (Saint-Valentin), pour la musique, pour les mères etc…. Toute fête est à encourager, un peu de Dyonisisme n’est pas pour me déplaire loin de là.
    Ce dont je voulais te prévenir c’est du risque de dérive que ce genre de revendication induit parfois. Nous sommes tous confrontés dans notre quotidien à des cons, à des plaideurs (in mémoriam Racine), à des pinailleurs pour qui faire chier les autres relève du pathologique, du trouble obsessionnel compulsif…pour autant il convient de ne pas systématiquement identifier dans leur démarche un anti-quelque chose, sous peine de voir les pires d’entre nous (homo, femme, hétéro, noir, juif, chrétien peu importe) s’en servir pour excuser et justifier leurs propres turpitudes.
    Il m’est arrivé une anecdote de ce type lors d’une querelle de voisinage, ma compagne (Kabyle) s’était disputée avec un voisin de palier, je n’étais au courant de rien mais en rentrant chez moi j’ai été agressé par ce voisin qui sans me dire pourquoi a forcé ma porte et m’a envoyé un coup de poing en pleine face qui m’a cassé le nez et deux dents. J’ai choisi de ne pas poursuivre ce type de conversation mais j’ai déposé plainte en bonne et due forme. J’ai été en justice débouté de mes demandes de réparation parce que ce voisin a argué du fait que je l’avais traité de « sale noir » ce qui avait justifié son acte.
    Voilà c’est à cela que je pense lors que je parle de culture victimaire, de bouclier qui sert à excuser « à priori » tous comportements illégaux, je suis terroriste parce que né en banlieue, je suis voleur pour me venger des blancs, etc…. Ce qui est dangereux ce n’est pas l’autre en général (n’en déplaise à Sartre) ce qui est dangereux c’est la connerie, la malhonnêteté qu’aucun particularisme ne peut absoudre par principe.
    J’espère avoir mieux expliqué ce qui est une inquiétude…
    Pour lutter contre une intolérance il convient de bien en identifier l’expression.
    Amicalement.
    Philippe POLISSET

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